mardi 26 mai 2015

Le Séna : que de mots, que de saveurs !

Le Séna qui s'est tenu le 13 décembre dernier a tenu la plupart de ses promesses.

Intitulé "Des saveurs et des mots", lors de la première réunion de préparation entre "Sénatè"- rappelons qu'ainsi se nomment les comédiens et musiciens qui font vivre le Séna- il avait débuté par une réserve d'importance : n'allions-nous pas tomber dans une caricature de nous-mêmes ? Ne risquions-nous pas de faire l'article pour nous vendre nous-mêmes sur un mode touristique ?

Une discussion animée entre les Sénatè de cette cession (Gladys Arnaud, Christian Julien, Jalil leclaire, Martine Maximin, TiMalo, Gerty Dambury, René Dambury) avait alors suivi sur l’importance de ne pas se priver de ce qui fait notre culture, sous prétexte que certains, du dehors, n’y voient qu’exotisme et folklore.

Une fois ces réticences vaincues, nous nous étions mis à la recherche de textes et surtout, d’auteurs moins souvent cités dans les précédents Sénas.

Samedi treize décembre, donc, nous avons, bien que cela n’ait peut-être pas été visible pour tous, inauguré un type différent de Séna : un chant d’ouverture entamé par tous les sénateurs – nos chanteuses en titre, Karine et Lully, nous faisant défaut - et la présence du percussionniste au sein des autres sénatè, non plus retiré dans son coin comme d’habitude mais, cette fois, mêlant sa musique aux textes, suivant son humeur et l’inspiration qui lui venait. Une présence discrète et cependant assurée, assumée. Prenant à part entière sa place il nous a fait, discrètement mais sûrement, revisiter la Caraïbe entre Gwoka et Yanvalous.

Petites touches qui indiquent que le Séna ne se veut pas une forme figée.

Et alors ? Les saveurs et les mots ?

Nous avions choisi de prendre pour fil rouge l’un des textes du catalogue de l’exposition « L’art de manger. Rites et traditions » en cours au musée Dapper qui nous accueillait . Ce texte, La cuisine de Cléa, nous permettait de balayer les diverses étapes d’une vie (veillées, naissance, etc.), diverses fêtes donnant lieu à un repas spécifique : Pâques, Vendredi Saint…

La participation du public a été immédiate car un tel sujet ouvrait la voie à des souvenirs, une forme de nostalgie même et de la joie, allant jusqu'à convoquer un poème impromptu de Saint-John Perse…
Ce fut, de fait, un très joyeux Séna.

Cependant, au-delà de l’évocation de souvenirs personnels, certains questionnements ont été mis sur la table, si l’on peut dire :

  1. la relation entre l’histoire et l’art culinaire avec la lecture d’une analyse des contes et de la place qu’y occupent faim, misère et ruses pour la survie,
  2. les différentes formes que peut revêtir le pouvoir, par exemple dans les relations entre un adulte enfant qui a faim (Une journée torride de Vincent Placoly) ou entre un homme et une femme placée sous sa domination (Dézafi - Les Affres d'un défi de Frankétienne) ou encore entre un couple de domestiques et leurs patrons blancs (Les rétifs de Gerty Dambury), sans oublier la place des cuisinières des grandes familles d'autrefois (Victoire, les saveurs et les mots de Maryse Condé),
  3. la question de la consommation à outrance dans nos pays - d'ailleurs, le matin même du Séna certains habitants de la Guadeloupe avaient quitté leur lit en pleine nuit pour être les premiers à investir un supermarché à 4h30 du matin,
  4. l'évocation de la résistance à la société de consommation lors du mouvement de 2009 (Pawol charyo de Gerty Dambury),
  5. le "manger local": une variation sur le mot Local, proposée par Simone Lagrand, dans l'un des rares textes à évoquer la Martinique d'aujourd'hui,
  6. les questions liées à l'environnement : comment éviter d'évoquer l'omniprésence de la chlordécone dans nos sols, dans nos eaux ? Un article du journal Le Monde a servi de base à une discussion assez animée : quelles communes sont touchées par le chlordécone ? le sont-elles toutes dans les mêmes proportions ? quelles ressources ont été mobilisées pour proposer aux populations une nourriture locale saine ?
  7. l'émigration vers la région parisienne et les conséquences qu'elle a pu avoir sur les habitudes alimentaires des antillais déplacés, mais également sur les habitudes alimentaires en France,
  8. le rapport à la fête, à la succession des fêtes : cette dernière question est peut-être demeurée en suspens. Des discussions d'après ont permis d'évoquer la nécessité pour les esclaves de ne pas garder le nez sur leur quotidien douloureux, ainsi, peut-être vivaient-ils avec la perspective de la prochaine échéance qui leur permettrait d'échapper un temps aux contraintes de la plantation. Les diverses fêtes ne jouaient-elles pas ce rôle d'horizon de survie ? Et de ce fait, n'est-ce pas là un aspect de notre société profondément lié à notre histoire ?

Et puis la chair ! L'évocation du sexe en usant de la métaphore de la nourriture a été mise en exergue par les excellentes chansons Marabout de mon cœur et Boucherie modèle (aux sous-entendus plus...salés) interprétées par Gladys Arnaud, Christian Julien et Martine Maximin.

Le Séna ne se déroule jamais uniquement sur les deux heures trente allouées aux textes et aux discussions. Il se poursuit durant le repas pris en commun, s'étire après ce repas, rebondit dans les échanges de courriels, de petits mots sur les réseaux sociaux, preuve que les sujets, aussi "insignifiants" puissent-ils paraître à certains, font émerger des questionnements, des idées, des désirs de textes à acheter, emprunter ou recommander.

Une fois de plus, nous avons passé un excellent moment ensemble et le féroce d'avocat antillais, le kalawang de mangues de Guyane, les bananes plantain dorées à l'africaine, le gâteau-patates, le flan au coco, le gâteau fouetté (ou pain doux) accompagnés d'un planteur, n'ont pas été totalement étrangers à notre bonheur.

Le café du musée Dapper, qui nous accueillait pour la première fois, se prête parfaitement à cette forme d'échange entre public, textes et artistes. Nous espérons bien y revenir...

Et puis, une surprise agréable et de taille : la venue de madame Christiane Taubira qui, discrètement, s'est glissée parmi nous, en quasi fin de Séna.

C'était notre dernière rencontre de l'année 2014 - le dixième depuis 2012, hé oui ! -, l'occasion pour nous de vous souhaiter à tous une très belle fin d'année et de vous inciter à vous préparer d'ores et déjà à la prochaine rencontre.

Bonnes fêtes ! Belle année 2015
http://www.lafabriqueinsomniaque.com/uploads/Textes%20Séna%20du%2013_12_2014.pdf

jeudi 5 février 2015

En route vers les Atlantiques...


Trames, une pièce de Gerty Dambury

Blog de Fabienne des Iles, lu sur Mediapart

Une griotte allumée – une Maman Legba qui aurait mal tourné – ouvre l’espace, lance ses incantations en langues, hoquète proverbes et malices : devant nous va se dérouler une histoire mêlée…
Une mère, son fils. Depuis longtemps, depuis toujours, ils se tiennent l’un devant l’autre, l’un en révolte, l’autre en résistance, relations en pelote, raçines emmêlées, fouillis des sentiments. S’aimant, envers et contre tout, violemment.
L’amour assoiffé, dévorant, de l’un affronte la tentative méthodique de l’autre de délimiter son espace de liberté.
Instruite par les histoires innombrables des femmes dont elle récolte patiemment les paroles, elle sait qu’il lui faut grappiller avec ferveur chaque pouce d’autonomie de geste, de pensée, de sentiment, dans cette société d’hommes.
Instruite par sa propre histoire avec le père de l’enfant, fruit d’amours utopiques avec une Afrique rêvée, la mère balise pour elle un possible avenir de femme libre, dans une œuvre apparemment sans fin : elle rassemble les éléments d’une future histoire des femmes, trompées, méprisées, battues mais vaillantes et debout. Dont une femme vient régulièrement illustrer les différents visages (blessures, illusions, attentes) en écho avec ses propres douleurs.
Et lui dans tout ça ? Eternel fils qui n’arrive pas à construire sa rectitude d’homme, lui erre par les rues et les mornes. Les mornes ? oui car nous sommes aux Antilles, en Guadeloupe et cette histoire sans doute possiblement déclinée en mille lieux différents sur cette terre – les relations conflictuelles et douloureuses entre une mère et son fils – revêt ici les couleurs, les inflexions, l’humour et l’imaginaire d’une île des Caraïbes, la Guadeloupe.
Il erre dans les rues de Pointe à Pitre, plus ou moins propulsé, selon les jours, tantôt par la drogue, tantôt par la rancœur, dort dans un local à poubelles, projette d’hypothétiques avenirs professionnels. Et n’en finit pas de ressasser un meurtrier instant de son jeune passé qui a infléchi son chemin vers les buissons épineux de son égarement.
Gerty Dambury a écrit une pièce comme on en voit peu : par son sujet – universel et si vrai de réalité antillaise, par sa scansion alternant armistice des sentiments et guerre sans merci, comme seul l’amour peut générer. Elle l’a produite avec la patience que demande l’absence des moyens financiers propre à ces projets dont l’indépendance et le sujet sied peu à la trame institutionnelle. Elle l’a mise en scène, choisissant finement plusieurs jeunes comédiens, avec une exigence et une rigueur qu’on aimerait rencontrer plus souvent sur un plateau de théâtre.
Autant de raisons pour guetter toute apparition de cette pièce, Trames, et de toutes les productions qui sortiront de la Fabrique Insomniaque, sa Compagnie. (Lien vers l'article : http://blogs.mediapart.fr/blog/fabienne-des-iles/070212/trames-une-piece-de-gerty-dambury)

samedi 25 octobre 2014


Lettre à une absente

Tu téléphones, inquiète, et demandes :  « comment s’est passé le Séna ? »

Ce fut un magnifique Séna, même s’il fut sans musique car nous n’avions ni la belle voix caressante de notre chanteuse Lully, ni les percussions de René, réquisitionné par d’autres  tâches professionnelles.

J’avais un peu peur de ce Séna car même si chacune de nos rencontres touchait à des questions graves et préoccupantes, aucune, jamais, n’avait porté un titre aussi offensif, et je le sais, rebutant pour bien des esprits craignant les débats politiques.

Racisme ? On ne joue plus !

Ce Séna nous avait quasiment été commandé par Aline, du Collectif R = (Respect) qui s’est constitué après les attaques racistes dont a été victime madame Taubira, garde des Sceaux, mais aussi contre toutes les dérives racistes visibles dans la société française et qui touchent des citoyens bien moins haut placés que la ministre de la justice.

Parler du racisme français – qui nous paraît avoir ses spécificités propres - , remonter à ses sources, et comprendre son fonctionnement aujourd’hui, ne pouvait que déboucher sur des moments particulièrement émouvants et passionnés.

En t’écrivant ces deux mots : « émouvants et passionnés », je me rends compte du fait qu’ils ont si souvent été utilisés à notre sujet- les Noirs - et remplacés par des termes divers et variés (susceptibles, irritables, chatouilleux, Gwada…, hypersensibles, sentimentaux ! tiens, ce terme a d’ailleurs été utilisé hier par quelqu’un, je te dirai dans quelles circonstances…), tellement que j’hésite à les utiliser et puis je me dis que non, je ne vais pas me laisser déterminer par l’extérieur et aller jusqu’à refuser certains mots !

Oui, ce  Séna fut passionné.

D’abord, laisse-moi te décrire le lieu où nous nous trouvions.

En plein milieu du boulevard de la Chapelle, tandis que le marché, au-dehors, vibrait, refusait de prendre fin en cette après-midi de préparation des fêtes de Noël – déjà -, nous nous sommes retrouvés au chaud, dans la grand hall ensoleillé du Centre Barbara à la rue Fleury, dans la Goutte d’Or.

Nous n’avions pas choisi ce lieu par hasard ! Nous en rêvions, ne sachant s’il nous serait prêté et, heureusement, grâce à Danielle Gambino, la directrice (que tu connais, n’est-ce pas ?), nous avons été accueillis là, à bras ouverts.

Oui, le 18è et la Goutte d’Or plutôt que tout autre  quartier de Paris !
Tu comprends notre choix ?
Ce grand vaisseau de verre, ouvert sur le quartier, tu sais combien il est agréable ! Nous y avons répété ensemble !

Là, il nous a été possible de reconfigurer le hall comme nous le désirions, avec l’aide de Richard, le régisseur. Pousser les fauteuils, déplacer les bibliothèques (heureusement sur roulettes) et les plantes, installer des tables et des chaises, trouver l’agencement entre les fauteuils et les chaises, pour que nul ne se sente exclu…
En quelque sorte, préparer sa maison pour l’accueil des invités.
Nous avons su que nous avions gagné lorsque Christelle Evita, l’une des comédiennes, enfin, je devrais plutôt dire l’une des « sénatrices », nous a dit, en parlant d’une petite fille qui se déplaçait au milieu des fauteuils avec délectation : « Ah, oui, elle se sent comme à la maison ».

Nous pouvions commencer.

Le chant d’ouverture (mon Dieu, j’ai dû faire cela, toute seule…), l’accueil par Ti Malo, que, pour la première fois, nous avions placé dans la position délicate d’être à la fois MC sans tout à fait l’être, car nous voulions que la parole soit fluide, qu'elle circule et que lui-même puisse se sentir libre de participer à la discussion et de dire ses textes – ce qui, tu le sais, lui a souvent été difficile durant les autres Séna. Et c’était parti…

D’abord, un hommage à Nelson Mandela. Pouvions-nous passer à côté de cela ? Bien sûr que non, et d’ailleurs, il a été présent durant toute la durée de notre rencontre.

Et puis, nous sommes entrés dans le vif du sujet, doucement, presque agréablement…
Par deux poèmes de Baudelaire…
De ces poèmes qui, visiblement, ne disent rien de bien méchant… Une dame créole et À une Malabaraise.

Aux pays chauds et bleus où ton Dieu t'a fait naître,
Ta tâche est d'allumer la pipe de ton maître,
De pourvoir les flacons d'eaux fraîches et d'odeurs,
De chasser loin du lit les moustiques rôdeurs,
Et, dès que le matin fait chanter les platanes,

D'acheter au bazar ananas et bananes.


Ces petits bijoux de l’exotisme, dits avec calme et élégance, le premier par Gladys Arnaud - avec cette délicieuse petite fille sur les genoux ! -  puis le second par Martine Maximin, semblaient vouloir passer comme une lettre à la poste.

Tu imagines !
À peine une réaction à ces quelques mots (Baudelaire, conseillant à la Malabaraise de ne pas rêver de venir dans cette France qu’il décrit comme un lieu de souffrance…)

Comme tu pleurerais tes loisirs doux et francs
Si, le corset brutal emprisonnant tes flancs
Il te fallait glaner ton souper dans nos fanges
Et vendre le parfum de tes charmes étranges,
Oeil pensif, et suivant, dans nos sales brouillards,
Des cocotiers absents les fantômes épars!


Mais voilà, les réactions étaient plutôt mitigées. Oh, on ne voyait rien de bien violent là-dedans !
Précisément, cette vision de nos femmes et de nos pays, et puis cette idée que l'esclavage était doux, tout cela a encore de beaux restes… Et rappelle-toi, lorsque nous avons parlé des littératures caribéennes des années 80, nous avons évoqué quelques uns de nos auteurs, dont le regard sur les femmes n’est pas très éloigné de ces dérives exotiques… En nous-mêmes, le poison instillé avec calme et douceur, en vers balancés et chantants… Alors oui, même parmi ce public averti et véyatif, les lieux communs baudelairiens ont eu du mal à être perçus…

Heureusement, Voltaire n’était pas loin !

Je crois bien que c’est à partir d’ici que les langues se sont déliées, à commencer par cette enseignante qui nous a dit, avec beaucoup de colère  et d’émotion comment, emmenant ses élèves au théâtre, cette année 2013, oui, l’autre jour ! des spectateurs Blancs se sont tournés vers eux et leur ont dit « Vous autres, les Noirs et les Arabes, vous n’avez rien à faire au théâtre ! »

Un « Rentrez dans vos cités ! » qui est une des variantes modernes du « Retournez dans votre jungle ! ». Mais tonnerre, ne vois-tu pas à quel point on progresse ? Au moins, on ne nous renvoie pas dans notre jungle, vu que les bananes, on en trouve ici…

Écoute, ma chère, je ne peux te raconter tout ce qui fut rapporté là, du comédien Christian Julien - qui nous a fait la belle surprise d'être là et de dire, au débotté, un texte de Glissant, avec force et sobriété - Christian sur qui des enfants, en Allemagne, ont craché, à la piscine, en groupe, sans l’avoir jamais vu auparavant, juste parce qu’il est noir, à bien d’autres turpitudes vécues ici et là.

Passons maintenant à cette question lancinante : que faire ?

Oh, je ne te cache pas que nous nous sommes trouvés à deux doigts de la constitution d’un groupe ! Politique ? Communautaire ?

Cette question du communautarisme a été longuement débattue. Certains ont rappelé que ce mot fut créé pour nous, pour ceux des banlieues précisément ! Noirs et Arabes. (Vois-tu comme nos sorts sont désormais liés ? ) Auparavant, que de communautarismes existaient déjà sans qu’ils fussent dénoncés !

Mais bréfons ! Bréfons ! !

Constituer une communauté de couleur de peau ? Certains s’y sont violemment opposés ! Qu’est ce qu’un noir de la Guadeloupe a de commun avec un noir du Soudan ? Doit-on se laisser déterminer par le regard de l’autre ?

Fanon en recours : Le nègre n’est pas. Pas plus que le Blanc.

En opposition frontale avec cette idée, d’autres voix se sont élevées pour appeler à la constitution de groupes de pression, tout comme les Noirs américains, que nous nous rassemblions, pour exiger que les programmes scolaires, l’éducation, la télévision, la presse…

Mais qu’attendez-vous de tous ceux-là ? demandait quelqu’un d’autre ! La presse ? Allez quelques lignes ici ou là, pour que vous leur fichiez la paix !

Ah, oui, je pense bien que c’est ici qu’une dame nous a dit qu’elle nous trouvait « bien sentimentaux ! »... Car exiger le respect, ce n’est pas suffisant « On peut respecter son esclave ! ». Bon, là, tu te doutes bien que les protestations ont été véhémentes ! 

En fait, elle voulait dire qu’il fallait aller plus loin, que c’était l’ensemble de la société qu’il fallait remettre en question, et en particulier, être conscient du fait que les détenteurs du pouvoir (qu’elle résumait au « mâle, Blanc, Chrétien ») ne se déferaient pas spontanément et volontairement de leur pouvoir. Il faudrait le leur arracher ! Mais comment ? Cela, elle ne l’a pas dit. Elle nous a quittés avant ! Dommage, nous étions tellement à la recherche de solutions…

Un jeune homme bien intentionné a tenté de nous dire que finalement, ceux qui n’étaient pas instruits et informés ne devaient se le reprocher qu’à eux-mêmes ou à leurs parents, car l’école éduque tout le monde…

L’école ? Quelle école ? Quel rôle joue l’école ? Et ne devrait-on pas plutôt parler DES écoles tant la qualité de l’enseignement diffère d’un bout à l’autre du pays ! Et en pleine conscience !

Caliban
La conscience de Prospero ! Prospero est un vieux ruffian qui n’a pas de conscience.

Ariel
Justement, il faut travailler à lui en donner une. Je ne me bats pas seulement pour ma liberté, pour notre liberté, mais aussi pour Prospero, pour qu’une conscience naisse à Prospero. Aide-moi, Caliban.

Caliban
Dis-donc, mon petit Ariel, des fois, je me demande si tu n’es pas cinglé ! Que la conscience naisse à Prospero ? Autant se mettre devant une pierre et attendre qu’il lui pousse des fleurs!


Cet échange extrait de la pièce Une tempête d’Aimé Césaire nous a été dit par Ti Malo et Jalil Leclaire. Magistralement…

Et puis celui-ci, d’Audre Lorde, tiré de « De l’usage de la colère »

« Ma réponse au racisme est la colère. J’ai vécu avec cette colère, en l’ignorant, en m’en nourrissant, en apprenant à m’en servir avant qu’elle ne détruise mes idéaux, et ce, la plus grande partie de ma vie. Autrefois, je faisais tout cela en silence, effrayée par le poids d’un tel fardeau. Ma peur de la colère ne m’a rien appris. Votre peur de cette colère ne vous apprendra rien, à vous non plus. »

Il y aurait encore tant à te raconter, de Martine, disant son texte Tout est calme, de Loïc Lantoine avec une forte émotion dans la voix ou de Roselaine Bicep, chantant Lili de Pierre Perret et arrachant des larmes à une spectatrice qui va la serrer dans ses bras.

Ou te parler de Dio’z, une jeune rappeur qui, avec une grande délicatesse vint me trouver avant que ne débute le Séna, pour me demander s’il ne devrait pas censurer deux mots qu’il pense un peu choquants pour la compagnie – Sodomie et kouni a manman !

Ma réponse, « Non, on ne se censure pas ici. Ici, on ne censure pas les artistes ! » n’a pas suffi à le retenir de se débarrasser très vite de ces mots gênants, en les coupant à moitié !
Comme il a été applaudi… et tu sais que les applaudissements sont plutôt rares au Séna, vu que, dès le départ, nous les avons découragés !

Et Astrid Bayiha, disant Nous les Gueux de Damas !

Enfin, bref, reporte-toi à la liste des textes - vois le lien ci-dessous - et imagine le public que tu connais déjà, vibrant, vivant, participant pleinement et toujours heureux, à la fin, comme soulagé d’avoir pu déposer son fardeau, le temps d’un vrai Séna !

http://www.lafabriqueinsomniaque.com/uploads/textes.pdf

Au fait, cette fois, nous n’avons pas mangé ! Le lieu ne s’y prêtait pas. Question hygiène et sécurité…

Un Séna très différent des autres, vraiment ! Mais toujours aussi riche.

Tu viendras, la prochaine fois ?

Gerty Dambury

lundi 28 octobre 2013

Le Séna à Anis Gras

Consacré aux nouvelles voix de la Caraïbe
Après avoir revisité les textes les plus emblématiques de notre Caraïbe du 20è siècle, les Sénatè ont éprouvé le besoin d'aller regarder de plus près ce qui s'écrit aujourd'hui.

Nous avons été interpellés par le fait que les jeunes auteurs se tournaient vers l'oral : disques, séances de dire en public — ou slam sessions, enregistrements en vidéo de leurs créations, bref, si nous les recherchions dans les librairies et les bibliothèques, nous risquions d'avoir du mal à les trouver. Et pas uniquement parce qu'ils n'ont pas encore trouvé d'éditeurs.

L'un d'entre nous, TiMalo — qui précisément, participe à des slam sessions, a enregistré un disque de ses textes (poèmes et petites nouvelles) — a été le relais entre nous, les Sénatè et des auteurs comme Simone Lagrand, EDS, Star Jee et d'autres, leur demandant de nous autoriser à dire leurs textes, à les faire découvrir, le temps d'un Séna, à un public différent de celui auquel ils s'adressent le plus souvent.

C'est pour La Fabrique Insomniaque un moment de réalisation de l'un de ses objectifs : donner à de jeunes créateurs de la Caraïbe les moyens de pratiquer et faire découvrir leur art.

Pour cette édition du Séna, nous sommes accueillis par Anis Gras, "Le lieu de l'autre", dont le nom à lui seul est déjà une forme d'accueil. "Le lieu de l'autre".

Anis Gras, dirigé par Catherine Leconte et toute une équipe particulièrement accueillante, nous avait déjà dépannés en nous offrant une semaine de travail dans ses locaux pour la préparation de Trames en février 2012.

C'est un lieu magique : grande salle de repas pris en commun, nombreux petits ateliers permettant à des créateurs de travailler dans le silence et de rencontrer leurs pairs : plasticiens, danseurs, gens de théâtre, photographes...

À Anis Gras, des ateliers pour enfants sont également organisés et nous leur avons d'ores et déjà proposé un Séna pour jeunes enfants... Une idée qui nous fait rêver et dont nous sommes assurés de l'utilité.

Le beau temps, qui enfin s'installe, nous donnera en plus l'occasion de profiter de la belle cour de ce lieu différent, aux portes de Paris.

Le Samedi 08 juin, au 55 avenue Laplace, 94400 Arcueil, de 15h à 18h. Entrée libre.

et comme d'habitude, un plat créole ! À des prix défiant toute concurrence !!!

mardi 14 mai 2013

Les Utopies Caraïbes

Le Séna a bien eu lieu !
Et nous les avons entendues, ces utopies !

Samedi 16 mars. Quinze heures. Dans la salle polyvalente du cinéma La Clef, un espace tout nouveau pour nous, que les Sénatè et Sénatèz ont transformé en deux temps-trois mouvements, en organisant les tables et chaises, en donnant une touche de couleur à chaque table à l'aide de beaux tissus africains, antillais ou autres, dans cette salle, une première voix a lancé le chant d'appel : Voyé Séna-la monté ! Ah, retrouver le djembé tout doux de maître René le discret ! À peine le temps de reprendre deux ou trois fois l'appel, que les vers de Césaire dits par Roselaine Bicep :
N'y eût-il dans le désert
qu'une seule goutte d'eau qui rêve tout bas
dans le désert n'y eût-il
qu'une graine volante qui rêve tout haut
c'est assez...


Dès cet instant, sous la direction constante et bienveillante du MC TiMalo, les échanges se sont faits de plus en plus intenses, toujours ponctués d'extraits de textes, comme à chaque Séna.

Et cette fois, il s'est agi essentiellement de revisiter les réflexions d'hommes et de femmes comme Frantz Fanon, Marcus Garvey, Eric Williams, Suzanne Césaire (dont les textes ont été mis à notre disposition grâce au travail de Daniel Maximin : Le grand camouflage), de redire ce qu'ils ont voulu pour la Guadeloupe ou la Martinique, pour la Caraïbe.

Cette traversée nous a permis de mesurer la distance qui sépare les préoccupations d'aujourd'hui de celles de ces grands penseurs politiques.

Toutes paroles étant libres au Séna, c'est l'occasion d'entendre s'exprimer les Caribéens qui vivent en région parisienne en ce début du 21è siècle.
De quoi rêve-t-on aujourd'hui ? À cette question insistante, il a été quelquefois répondu, avec passion, que l'utopie était individuelle aujourd'hui. Qu'il importait de s'en tenir à une réalisation personnelle, même si l'expression de cette pensée-là était parcourue de contradictions, comme un désir de provoquer !

Parler d'économie, s'interroger sur sa légitimité à "vouloir" pour la Caraïbe, sans bien savoir ce qui s'y passe réellement, sans même y vivre, toutes ces questions ont pu être évoquées librement, dans la bonne humeur et la musique, dans un apparent tourbillon, bien maîtrisé par des Sénatè et Sénatèz qui se sont toujours saisis du bon tremplin pour lancer un texte.

Poésie en espagnol et en français, essai, théâtre, chanson de Bod Marley entonnée par un public multiculturel, les textes de nos écrivains se sont imposés là, grâce au talent de Gladys Arnaud, Christian Julien (qui a redonné vie à Glissant, avec sa voix, la lenteur de sa parole, ses éclats toujours mesurés...), Jalil Leclaire, Martine Maximin, Roselaine Bicep, TiMalo, Gerty Dambury et Karine Pédurand (offensive et tonique dans son Joue pour moi de Sony Rupaire) accompagnée aux percussions par René Dambury. Il faut saluer la magnifique intuition de Karine, qui lança, de façon inopinée à René ces mots : "René, joue pour moi !" On ne peut que s'exécuter, n'est-ce pas ?

Bien entendu, on a bu, mangé et surtout, découvert ou retrouvé la saveur d'un gâteau à la patate douce...

Les amateurs, préparez-vous, le prochain Séna est déjà prévu : le samedi 25 mai, de 15h à 18h au Théâtre de l'Épée de Bois, à la Cartoucherie de Vincennes...

Et puis d'autres rencontres à prévoir, à La Clef, dont la direction a été séduite par l'efficacité de ce samedi 16 mars.

AU FAIT, NOUS LANçONS UN APPEL À CEUX QUI ONT PRIS DES PHOTOS... FAITES NOUS EN PARVENIR À L'ADRESSE SUIVANTE : gertydambury@gmail.com. MERCI

Liste des textes dits au Séna du 16 mars 2013 au cinéma La Clef
Regnor Berna (Haïti)
- Ecoute
Dany Bebel-Gisler (Guadeloupe)
- Utopie et culture (Le défi culturel guadeloupéen)
Aimé Césaire (Martinique)
- Blanc à remplir sur la carte voyageuse du pollen
- "Ma négritude n'est pas une cathédrale..." (Cahier d'un retour au pays nanal)
- "Te batir" (Moi, Laminaire)
- La tragédie du roi Christophe (prologue)
Suzanne Cesaire (Martinique)
- Utopie et Surréalisme (Le grand camouflage, écrits de dissidence, Daniel Maximin, éditions du Seuil)
Lalita Cubelo-Barberan (Cuba)
- Rompre les habitudes (Bacchanales n°24)
Frantz Fanon (Martinique)
-Peau Noire, Masques blancs (en guise de conclusion)
Rosan Girard (Guadeloupe)
- Utopie et Marxisme (Chronique d'une vie politique en Guadeloupe, ouvrage de Jean- Pierre Sainton))
Edouard Glissant (Martinique)
- (Discours antillais)
Léon Gontran-Damas (Pigments & Névralgies) (Guyane)
- Bientôt
- Citez m'en
- Pour sûr
Bob Marley (Jamaïque)
- Redemption song
- Burnin and lootin
- I know a place
Claude McKay [Trinidad]
-If we must die
Sonny Rupaire (Guadeloupe)
- Joue pour moi (Cette igname brisée qu'est ma terre natale)
- Grenn Sel n° 2 (Gran Parad Ti koud baton)
Derek Walcott (Sainte-Lucie)
- La mer est l'histoire
Eric Williams (Trinidad)
- Fédération de la Caraïbe (de Chrsitophe Colomb à Fidel Castro…)

samedi 1 décembre 2012

Littératures de la Caraïbe

Depuis bientôt trois ans, nous avançons sur plusieurs fronts : le théâtre, la rencontre poétique, le partage de lectures, et nous avons le sentiment que, si nous touchons un public d'habitués, nous avons du mal à élargir le champ de nos rencontres.

Nous avons consacré trois événements aux littératures de la Caraïbe. Ces rencontres nous ont permis de faire découvrir à un public qui ne savait rien d'eux, des auteurs tels que Paul-Keens Douglas, Paul Niger, Guy Tirolien, TiMalo, Gerty Dambury, Ina Césaire, Alain Rutil, Max Jeanne, Monchoachi pour ne citer que ceux-là.

Il nous en reste de nombreux à rencontrer tous ensemble. Frantz Succab, Daniel Maximin, certes plus connu, ou encore Olive Senior, Earl Lovelace, Jean Binta Breeze, Edwige Danticat et bien d'autres.

Pour cela, nous allons faire appel à vos contributions.

Certains participants aux Séna nous ont signalé, au cours des discussions passionnées qui se tiennent lors de ces rencontres, des conteurs, des auteurs, des musiciens, des artistes.

Pourquoi ne pas prolonger les rencontres physiques par des rencontres virtuelles, au cours desquelles des découvertes ou redécouvertes seraient possibles ?

La Fabrique Insomniaque peut être cet espace. La porte est ouverte.

Pour commencer, nous vous renvoyons à notre article sur l'ouvrage Histoire et civilisation de la Caraîbe, sous la direction de Jean-Pierre Sainton : Découvertes

mardi 9 octobre 2012

Le Sénat des conteurs

Le Séna des conteurs

Chose promise, chose due : le Séna des conteurs aura bien lieu le 06 octobre 2012 au Théâtre de l'Épée de Bois.

Suzy Ronel, Igo Drané, Papang, Serge Tamas et Magdalena Gorska seront les conteurs invités de cette troisième édition du Séna.

À leurs côtés, les "sénateurs" attitrés : Firmine Richard, Roselaine Bicep, Gladys Arnaud, Martine Maximin, Mariann Matthéus, Lully Dambury, Karine Pédurand, Christian Julien, Tadié Tuéné, TiMalo, Jalil Leclaire et Gerty Dambury.

Les conteurs nous feront entendre leur propre production de contes, ainsi que des textes traditionnels, recueillis par Ina Césaire, Alain Rutil ou Thérèse Georgel.

Et la musique roulera aussi, avec René Dambury aux percussions, Serge Tamas à la guitare et aux petites percussions et Igo Drané à la flûte et à l'accordéon !

Le public est toujours le bienvenu, libre de s'exprimer, dans le respect du temps des artistes et nous boirons toujours ensemble ! Yé krik ! Entrée libre !

http://www.epeedebois.com/ren.13.guadeloupe.html

mercredi 3 octobre 2012

Samedi 9 juin. Rendez-vous pris, rendez-vous honoré !

Le public a répondu à l'appel. Les 50 places attribuées dans le studio du Théâtre de l'Épée de Bois étaient toutes prises, et au-delà. Ajoutez à cela les 13 comédiens et musiciens présents et voilà... Packed up !, diraient les anglais...

Nous avons déjà des fidèles, ils connaissent la règle, s'installent, les comédiens sont leurs voisins immédiats, et certains lorgnent discrètement sur les documents... Qui sera le prochain poète ?
À ce propos, pour répondre aux sollicitations, nous ouvrons, sur ce site, une page Séna où l'on pourra retrouver une partie des textes dits samedi, ainsi que les titres des ouvrages à consulter pour les relire atètipo, à la maison. (Susciter)

Mais revenons au déroulement de l'après-midi.

Un chant d'appel est désormais institué...lancé par René Dambury aux percussions et Lully qui chante "Voyé Séna la monté"

Et sans plus attendre, le Générique de Western, le ciné poème de Max Jeanne, présente la Guadeloupe "dans une co-production franco-espagnole, avec La Guadeloupe dans le rôle de l'île...".
Il précède un texte d'Albert Béville alias Paul Niger sur la départementalisation et l'assimilation. Texte paru en 1962, dans la revue Esprit, quelques mois avant la disparition tragique de son auteur dans le crash de la caravelle Le Chateau Chantilly sur les hauteurs de Deshaies.

Souvenirs d'enfance à peine murmurés : une spectatrice évoque les cercueils alignés à la Mutualité de Pointe-à-Pitre et le défilé devant les corps. Nous discutons de la théorie de l'attentat, qui a longtemps prévalu : pourquoi cet avion précisément, dans lequel se trouvaient Albert Béville, Justin Catayée, Roger Tropos, trois opposants à la politique du gouvernement de l'époque dans nos pays ? Nous rappelons l'hommage d'Edouard Glissant à ces trois dirigeants du Front Antillo-Guyanais et de l'Association Générale des Etudiants Martiniquais, à la Mutualité à Paris en juillet 1962.

Je me souviens..., un texte qui nous a été généreusement envoyé par Wojé Valy-Plaisant, inscrit, dans la poésie, le souvenir de cette catastrophe, tant matérielle que politique.

Gaëtane Selgi, qui a conçu le jeu Blakistoua, nous présente, un peu émue, la carte qui, dans son jeu, interroge sur Béville. Une manière ludique de revisiter notre histoire.

Et puis, les poèmes se succèdent, à peine interrompus par quelques réactions d'un public qui, après coup, avouera avoir eu davantage envie d'en apprendre plus que de prendre la parole. Une atmosphère totalement différente de la précédente session du Séna...

Des rires, une fièvre des comédiens à dire, le désir de ne pas se laisser surprendre par le temps, mais rien à faire, il y a trop à dire, trop de paroles ignorées depuis trop longtemps, celle de Damas, celle de Rupaire, quelques mots de Tirolien.

Damas ? Ti Malo, qui nous a régalés de quelques uns de ses textes, nous avoue que le fait de lire Damas fut pour lui une révélation et une incitation à écrire : on pouvait être poète sans être prisonnier des formes fixes de Ronsard ou Du Bellay, le seul genre poétique qui lui avait été enseigné durant sa scolarité.

Intéressant d'évoquer le fait, que dans nos écoles, la forme fixe est encore trop souvent considérée comme le summum en poésie.

La parole de Damas, incisive, sautillante, bruissante de vie et d'humour, a trop peu été dite dans ce Séna. Ce n'est pas Christian Julien qui dira le contraire, lui qui n'a pu faire entendre tous les textes de ce poète guyanais qu'il avait préparés.

Faire parler les poètes de la Caraïbe, dans toutes les langues pratiquées sur ce continent, selon l'expression de Derek Walcott ou d'Edouard Kamau Brathwaite, c'était aussi notre défi.

Le même texte dit en anglais, en espagnol, en créole, en français, a résonné dans la salle. Surprenant : dans chaque langue, à la fin du poème, le public marquait son plaisir, comme si la poésie et peut-être bien le lieu où elle se disait, la manière dont elle se dévoilait, faisait tomber la barrière des langues. Peut-être pourrons-nous, un jour, pour rendre présents parmi nous, nos frères de langue arabe, libanais, syriens, ouvrir la porte à la poésie du palestinien Mahmoud Darwich, en arabe... À imaginer...

Il faudrait aussi dire le plaisir que nous avons eu à avoir, parmi nous Marie-Céline Lafontaine, ethno-musicienne et poétesse, dont les travaux sur le Gwo Ka, le Quadrille des grands-fonds de Sainte-Anne et la Biguine, sont d'une importance capitale. Roselaine Bicep nous a dit l'un des textes de Marie-Céline. Émotion...

Et puis, est venu le temps de partager un repas : riz et harengs saurs, riz et poulet fumé, gâteau au coco... Des souvenirs d'enfance se disent, se racontent autour d'un riz et hareng saur, plat trop souvent oublié... Les discussions se poursuivent... Et voilà, c'est fini ! Rendez-vous le 06 octobre, pour une rencontre avec le conte... L'entrée est toujours libre !

Les réservations sont ouvertes...

La Fabrique Insomniaque : 06 51 11 33 64
Théâtre de l'Épée de Bois : 01 48 08 39 74
ou par mail en écrivant à :
gertyH.dambury@gmail.com

Infos pratiques :
Théâtre de l'Épée de Bois - Cartoucherie
Route du Champ de Manoeuvre - 75012 Paris
Métro Château de Vincennes puis bus 112 - Arrêt Cartoucherie.

Lien vers le compte-rendu du Premier Séna : http://lafabriqueinsomniaque.blogspot.fr

Deux articles de Philippe Triay,  à consulter à propos du Séna :

http://www.la1ere.fr/infos/culture/le-sena-de-gerty-dambury_98541.html

http://www.francetv.fr/culturebox/le-sena-de-gerty-dambury-101295

 

 

 

 






émission La danse des mots du 8 juin 2012. Yvan Amar, RFI (Radio France Internationale

 

 

mercredi 16 mai 2012

Premier Séna réussi !

Merci... “Merci, pour cet après-midi si riche, si fort en émotions, merci à travers votre Histoire, d’avoir enrichi la mienne. Merci à ceux qui par leurs lectures, par leurs paroles, par leurs pudiques confessions, me permettent de me revisiter, m’offrent la possibilité de faire encore un pas sur le chemin. À très bientôt, chères belles personnes”.C.B. C’est par ces mots que l’un des participants au Sénat du 7 avril nous dit tout ce que ces trois heures de rencontre lui ont apporté. Un autre, guadeloupéen celui-ci, est venu dire à quel point il en avait appris sur son histoire, sur son pays, sur les gens et sur le monde, car les textes dits par les comédiens n’étaient pas uniquement consacrés à la Guadeloupe. Il fut question du Rwanda aussi, et de la manière dont certains journalistes peuvent jeter un regard folklorique sur les événements les plus déchirants de notre planète. 15 comédiens , chanteurs et musiciens , une cinquantaine de participants en tout et la parole a circulé durant trois heures, entre confidences sur des enfances - pas toujours roses dans un pays où la brutalité sociale dure depuis trop longtemps - et extraits de textes de théâtre. La particularité de la formule réside dans ce passage de la parole libre à la parole jouée, et cette légère interrogation sur les visages : est-ce un spectateur ou un comédien ? dit-il un texte ou s’exprime-t-il simplement sur le sujet en cours de discussion ? Mais le théâtre opère toujours sa magie et le silence s’installe, les bruits se calment, les voix des comédiens se posent sur le silence et l’univers du texte se déploie. Firmine Richard et Jalil Leclaire ont lancé l’après-midi avec un extrait de Lettres Indiennes après une invitation chantée par Lully et René Dambury : Sizé zanmi … Voyé Séna-la monté. Un très beau Kaladja. Et puis Tadié Tuéné et Martine Maximin dans Lui Hutu, elle Tutsie. Le public pousse un soupir de soulagement à la fin, un rire s’échappe après toute la tension que les deux comédiens ont su faire monter. Et Roselaine Bicep, nous transportant dans l’univers de la Guadeloupe de l’occupation, avec l’arrivée du Gouverneur Sorin. Bâton Maréchal. Français, créole, certains ne comprennent pas, mais quelle importance, le ton transmet l’émotion, les rires sont communicatifs. Astrid Bayiha, royale dans l’extrait de La Femme lapidée de Trames. Le silence qui dure après que la dernière note du texte a résonné… Comment sortir de cette incroyable émotion ? Et Christian Julien, à qui le rôle de Camille dans Camille et Justine va comme un gant : hâbleur, cajoleur, séducteur…et tendre. Le temps file, file à toute allure, aors il faut resserrer les lectures. Survols, joué par Jalil Leclaire et Gerty Dambury, Reflux, formidablement partagé entre Gladys Arnaud et Raphaelle Serreau.Du grand art ! Le temps file trop vite et le texte de Mylène Wagram Tant de petites faiblesses en pâtit un peu, je crois, précipité dans ses derniers mots. On sent que l’heure fatidique va nous surprendre alors, Ti Malo qui a, avec grâce, animé cet après-midi, glissé les phrases de transition entre la parole des spectateurs et les lectures – une tâche très difficile, mais qu’il fait avec une grande patience -, annonce qu’il va falloir suspendre les lectures, il restera quatre pièces qui n’auront pas été entendues. Les comédiens qui ont travaillé ces textes sont un peu déçus, mais chacun a eu l’occasion de participer à un autre extrait, à part Mariann Matthéus… Alors Mariann, superbe dans un extrait très poétique de Lettres Indiennes, arrache un “aaah”, de contentement au public… C’est cela le théâtre. C’est aussi cela dont nous rêvions : un public proche de nous, proche physiquement et émotionnellement, un publc qui juge, qui s’exprime, qui bouge, qui ne se sente pas enfermé dans un silence tellement respectueux qu’il parvient à tuer le désir d’être là… Un public qui parle ! Il fut question de la canne, de ce qu’elle représente dans la vie quotidienne du pays, de ce qu’elle occupa comme place dans la vie d’enfants privés d’école pour participer aux récoltes, une fille d’ouvrier de la canne s’est trouvée assise aux côtés d’une fille de géreur… Il fut question de musique, du temps ou le Gwo Ka était si mal vu, des batailles que menèrent certains musiciens pour imposer cette musique, de la rencontre entre le Jazz et le Gwo Ka, dès les années 70-80. Il fut question de la création des syndicats paysans dans les années 75, de grands mouvements de grève. Il fut question de joie aussi, d’amour de ce pays, en déclarations enflammées et émouvantes. Il fut, bien sûr question d’esclavage. Comment parler de la Guadeloupe, de la Martinique sans y faire référence ? Et à ce propos, les avis se sont affrontés sur la transmission. Faut-il transmettre et pourquoi ? Mais ne faut-il pas aussi que chacun se prenne par la main et recherche les informations qui lui manquent, dans les livres, les films etc… L’école joue-t-elle le rôle qui est le sien dans cette question ? Et puis, grâce au généreux et talentueux investissements des amis et membres de La Fabrique, vint le temps de manger (lanmori koupé dwèt et flan au coco...), de boire, et de se rencontrer encore plus librement. Encore un mot de “spectatrice” pour finir : “Toutes mes félicitations pour ce moment de partage que vous nous avez offert. J’espère et compte sur vous pour renouveler l’expérience. Pourquoi pas lors d’une soirée payante ? Je promets de ne pas intervenir la prochaine fois (shame -honte…). TiMalo m’a piégée, j’ai cru qu’il demandait la participation du public ! Moi qui suis d’ordinaire si réservée. Mais je ne regrette pas car nous avons eu un beau témoignage et surtout j'ai permis à notre compatriote de se libérer de quelque chose dont elle n'osait pas parler. Alors plus de shame.” Nous lui répondons que c’est précisément sa parole que nous attendions, sa participation. Une remarque plus acerbe en direction de ceux qui avaient réservé, nous obligeant à annoncer trop souvent que la salle était pleine… et qui ne sont pas venus. Certains se sont décommandés très tard, en fin de matinée et d’autres n’ont même pas pris la peine de le faire. 25 absents au total, dont les repas nous sont restés sur les bras… Merci ! Parler de la Guadeloupe, c’est aussi pointer cette légèreté qui fait que nos initiatives meurent souvent de leur belle mort par manque de respect pour elles. Merci à Jacques Cassard pour la sonorisation toute en nuances. Merci à l’ équipe du Théâtre de l’Epée de Bois qui a été très à l’écoute de nos besoins, Claire, Bastien. Merci à Antonio Diaz Florian qui nous a invités chez lui, prêté sa salle, accueilli avec beaucoup de gentillesse et de respect, et qui, présent à cette première aventure, séduit par la forme, nous garantit déjà la suivante… et d’autres peut-être. Le prochain Sénat, consacré à la poésie, aura lieu le 9 juin de 15h à 18h au Théâtre de l’Epée de Bois. Réservations auprès de La Fabrique Insomniaque au 06 51 11 33 64 ou par mail à gertyH.dambury@gmail.com Infos pratiques : Théâtre de l'Épée de Bois - Cartoucherie Route du Champ de Manoeuvre - 75012 Paris Métro Chateau de Vincennes puis bus 112 - Arrêt Cartoucherie.

lundi 9 avril 2012

Le Séna de Gerty Dambury le 7 avril 2012

La Gwadloup sé on poèm !



De la rencontre entre Antonio Diaz Florian, directeur du Théâtre de l’épee de bois, et Gerty Dambury, dramaturge guadeloupéenne, est née l’idée de rassembler le public autour de la culture guadeloupéenne, au travers du théâtre, de poèmes, de contes d'hier et d'aujourd'hui.

Première rencontre : Le Séna de Gerty Dambury le samedi 7 avril de 15h à 18h au Théâtre de l'Épée de Bois.

Ki moun ké voyé Séna-la alé ?

Ils seront quinze : comédiens, slammeur, chanteuses, percussionnistes.

Timalo Slam en Maître de Cérémonie
et
Gladys Arnaud, comédienne
Astrid Bayiha, comédienne
Roselaine Bicep, comédienne
Gerty Dambury, comédienne et auteur
René Dambury, percussionniste
Christian Julien, comédien
Jalil Leclaire, comédien
Leila Leclaire, chanteuse
Mariann Mathéus, comédienne et chanteuse
Martine Maximin, comédienne
Firmine Richard, comédienne
Raphaele Serreau, comédienne
Tadié Tuéné, comédien
Mylène Wagram, comédienne

Ils discuteront, ensemble, - comme au pays sous un arbre de la Place de la Victoire ou sur une plage du Gosier -, de l'actualité, des préoccupations quotidiennes. Ils parleront de cette Guadeloupe que nous tous cherchons à saisir, à comprendre (mais veut-elle se laisser saisir entièrement ?)

Ils la chercheront, cette Guadeloupe, dans les textes de Gerty Dambury (Reflux, Lettres Indiennes, Trames, Camille et Justine, Enfouissements, Survols, Bâton Maréchal, Confusion d'Instants, Jambé'y,Lui Hutu/Elle Tutsi, Les Atlantiques Amers

Les comédiens joueront, les tambouyé tambouilleront, les chanteurs chanteront et nous tous, nous mangerons, les assiettes originales préparées par Gerty.

Réservations auprès de La Fabrique Insomniaque au 06 51 11 33 64 ou par mail à gertyH.dambury@gmail.com (attention, limité à 50 places !)
Infos pratiques :
Théâtre de l'Épée de Bois - Cartoucherie
Route du Champ de Manoeuvre - 75012 Paris
Métro Chateau de Vincennes puis bus 112 - Arrêt Cartoucherie.


Entrée libre !!!
lien pour les informations complémentaires : http://www.epeedebois.com/ip.html

mardi 6 mars 2012

Une critique de la mise en scène de Jaz

Jaz de Koffi Kwahulé 
Mise en scène et interprétation de Gerty Dambury 

Une production de la Fabrique Insomniaque / La Noria 
Mairie de Paris,
Auditorium 
8 mars 2011 

Photographies : Emir Srkalovic 

Sonorisation : Jacques Cassard 

Technicien lumière : Jean-Pierre Nepost 

Costume : Claire Risterucci 

Chant : Lully Dambury
Cette pièce du dramaturge ivoirien a déjà fait l'objet d'une demi-douzaine de mises en scène dont l'avant-dernière circule actuellement en France après sa création à Montréal. On peut lire en ligne, dans le portail Francotheatres et la rubrique « Spectacles récents », le compte rendu d'Alvina Ruprecht, de la mise en scène de Kristian Frédric en 2010. Si celle-ci a pu paraître excessivement spectaculaire, alors la mise en scène dépouillée de Gerty Dambury constitue le parfait antidote.
L'auditorium de la Mairie de Paris n'est pas, techniquement, un théâtre de rêve, et les conditions de cette création, invitée pour marquer la Journée des droits des femmes, ont sans doute posé des limites à la scénographie. Il sera certainement intéressant de suivre la conception de ce spectacle pour lequel l'actrice ne disposait que d'environ deux mètres de profondeur de plateau devant un écran blanc comme rideau de fond. D'apparence pauvre et nue, cette interprétation est aux antipodes des lectures du genre appropriations / récupérations de textes qui abondent aujourd'hui.
A l'extrême, la scène sera totalement noire et un éclairage minimal y fera luire une main (la main du mendiant qui réclame sa pièce) ou le crâne blanc de l'actrice. Il n'y a aucun accessoire : une femme noire en long fourreau noir et courts cheveux de neige tient la scène. Le leitmotiv de son discours revient une dizaine de fois, à chaque fois énoncé différemment : dit en passant, confié, jeté là, hurlé, ressassé, vociféré : « Je ne suis pas ici pour parler de moi, mais de Jaz » ... C'est le discours explosé d'un sujet femme fragmentaire et l'on imagine aussi bien que quatre actrices aient pu s'en emparer comme le firent les Quatr'elles en 2008. L'argument de la pièce est le viol perpétré dans le piège d'une sanisette, en bas d'un immeuble aux conditions abjectes (depuis des jours les toilettes communes d'un étage supérieur débordent) par un homme « de 33 ans », et au visage de Christ mais armé d'un couteau de cuisine. C'est un maniaque qui croit même qu'il pourra renouveler son forfait tous les dimanches. L'écriture magistrale, mystérieusement pudique, de Kwahulé fait miroiter ce viol comme une grand-messe de la virilité démentielle, où l'homme oblige la fille à prononcer une formule rituelle sur la/sa mortifère « queue de scorpion » ...
Le jeu est sans faille, il dure une heure. Retenu au début, le ton de l'actrice est celui d'un témoin presque détaché de l'histoire. Une tension se noue lorsque la sonorisation intervient pour interrompre la femme, à diverses reprises mais c'est la même voix (unique, voilée, incomparable voix de Gerty Dambury) qui dit des bribes d'un autre discours : d'affaires, de comptabilité, d'arguties de syndic d'immeuble. La spectatrice doit donc s'ouvrir à l'évidence que cette femme « entend des voix » ou souffre d'hallucinations, à moins qu'elle ne soit celle-là même qu'elle nie être, Jaz. Le crescendo monte implacablement et l'actrice au jeu détaché, hiératique du début (souvenir du profil figé des bras, du corps parfait des femmes ou des dieux dans les fresques égyptiennes), le jeu va peu à peu s'animer pour faire entendre la voix intérieure de la victime, mais aussi bien celle du violeur-aboyeur qui ne peut s'assouvir qu'en insultant la jeune fille et mettant à quatre pattes la gent féminine toute entière. On pense à Baudelaire « Sous le fouet du plaisir, ce bourreau sans merci ».
Le tiers supérieur gauche du fond de scène blanc fait écran pour la projection de photographies qui - comme la sonorisation et l'éclairage bien sûr - sont harmonisés avec le déroulement du drame. Cet élément de décor minimaliste et riche fait preuve de la même retenue que le jeu de l'actrice. Les images qui se succèdent sont souvent semi-abstraites, gros plans fragmentaires, silhouette masculine en dessin lumineux pour la scène du viol, ruban multicolore à bande centrale grise (pour présenter le motif de la couleur grise, absente de l'arc-en-ciel, du texte) et « morceaux » de femmes ; dos de femmes dans un bar, et surtout jambes de femmes vues par en dessous ou bien en contre-plongée, images mentales de voyeur banal à l'affût.
Les effets de sonorisation - troisième dimension de ce spectacle épuré - sont généralement discrets, rarement réalistes (goute à goutte rythmique de plomberie et de percussion de baguette), parfois harmonieux (orgues et cordes après le désastre, pizzicato de basse et xylophone de jazz pour évoquer l'amie perdue, Oridé, et son masque, ou encore chant de clôture avec Lully trop éloigné et trop bref), et bien entendu la sono se fera exceptionnellement stridente (sifflements suraigus) pour la scène du viol.
L'ensemble de ce travail est remarquablement mené pour servir un texte majeur dans la dénonciation virile des violences contre les femmes qu'a entreprise Koffi Kwahulé. Gageons pour Gerty Dambury que ce chevau-léger des mises en scène de Jaz , à la fois complexe et minimaliste, voyagera loin et longtemps. C'est la parfaite introduction à un très grand texte dramatique.

Christiane Makward 
Paris, 11 mars 2011.

Jaz ...
{Play record="5"}
© RFO

dimanche 6 novembre 2011

Tournée de Jaz en Guadeloupe

La tournée de Jaz en Guadeloupe, orchestrée par Claire-Nita Lafleur, entre le 10 mars et le 30 mars a connu un franc succès.
Le public a été particulièrement sensible à la qualité, à la force du texte et à la mise en scène, qui, reposant essentiellement sur les lumières et le son, laisse une grande liberté à la comédienne.
Les huit représentations, adossées à des rencontres avec le public, dans trois médiathèques et trois lycées, ont été l’occasion d’échanges nourris sur la question du viol et des violences faites aux femmes.
Le spectacle est d’ores et déjà de nouveau réclamé et une seconde tournée se prépare qui se focaliserait cette fois sur les communes de la Basse-Terre. Tournée prévue en novembre/décembre 2011.
Tournée de JAZ en Guadeloupe
La tournée de Jaz en Guadeloupe, orchestrée par Claire-Nita Lafleur, entre le 10 mars et le 30 mars a connu un franc succès.
Le public a été particulièrement sensible à la qualité, à la force du texte et à la mise en scène, qui, reposant essentiellement sur les lumières et le son, laisse une grande liberté à la comédienne.
Les huit représentations, adossées à des rencontres avec le public, dans trois médiathèques et trois lycées, ont été l’occasion d’échanges nourris sur la question du viol et des violences faites aux femmes.
Le spectacle est d’ores et déjà de nouveau réclamé et une seconde tournée se prépare qui se focaliserait cette fois sur les communes de la Basse-Terre. Tournée prévue en novembre/décembre 2011.

mardi 5 juillet 2011

Le carnet secret

Prendre le temps de rêver... un verre à la main. Pour certains, un cigare qui rougeoie, puis la cendre qui tient ferme. Pour certaines aussi, on peut l'imaginer.
L'idée est là, à portée de main. Elle se révèle quelquefois, fugace et puis elle disparaît. Que le cigare dure et que le verre abandonné sur la petite table basse, pas très loin, soit oublié. Une nouvelle pensée chasse la précédente.
"Et si on..."
Vous ne croyiez tout de même pas que nous allions vous ouvrir notre carnet secret ?

Crédit photo : © Gerty Dambury

L'atelier

Nous voici à la croisée des chemins.
Après plusieurs rencontres, et l'arrivée d'une quatrième complice, l'atelier s'est lancé dans une série d'improvisations autour des questions de société qui nous posaient problème : les expulsions d'étrangers, les femmes portant burka, la "diversité", l'idée pour le moins inédite d'offrir un téléphone à une femme battue s'il est prouvé qu'elle est vraiment l'objet des violences de son compagnon ou conjoint...
Tous ces sujets nous ont à la fois fait frémir et mourir de rire : imaginez une femme portant burka et venant réclamer un téléphone pour femmes battues... Devrait-elle se déshabiller pour prouver les violences subies ? Irait-on jusque là ? Et puis, à cela est venu s'ajouter une question : que voit-on des autres et que croit-on voir ?
Nous nous sommes assez vite trouvées embarquées dans une réflexion, des exercices d'écriture, l'imagination d'un espace scénique. Tout semblait parfaitement se dérouler.
Sauf que... le malaise était persistant. Quelque chose nous manquait. Cette spontanéité, ce travail sur le corps, cette liberté que nous avions connue dans la préparation de Madison, nous l'avions perdue.(cf. compte-rendu de Madison, juste à droite...)
Alors, nous repartons de zéro. Nous recherchons les traces que nous avons égarées en cours de route, et l'atelier se poursuit. À suivre, donc.

Tes nuits se sont décalées ...






Gerty Dambury, extrait d'Effervescences, éd. du Manguier, 2010. Enregistrement Jacques Cassard. Tous droits réservés.

vendredi 1 juillet 2011

Edouard Glissant nous a quittés

Le 03 février 2011, Edouard Glissant passait la ligne.
Le poète, essayiste et romancier martiniquais était et demeurera, par delà sa mort, l'une des figures les plus importantes de la vie culturelle des Antilles françaises.
Prix Renaudot en 1958 pour son roman, La Lézarde, il a été un militant engagé aux côtés de Frantz Fanon, contre le colonialisme.
Cet engagement lui valut d'être assigné à résidence en France et interdit de séjour sur son île natale, La Martinique de 1959 à 1965.
Directeur du Courrier de l'Unesco de 1982 à 1988, il a toujours mené des luttes pour la survie des identités multiples dans le monde.
C'est dans ce cadre qu'il faut situer sa théorie de la créolisation du monde, puis du Tout-Monde, théorie qui questionne la notion paresseuse d'universalisme ayant souvent couvert la disparition du divers.

Son magistral essai Le discours antillais paru en 1981 est devenu une référence incontournable pour la compréhension des facteurs historiques, linguistiques, sociologiques et culturels aux Antilles.
Nous le savions affaibli depuis plusieurs mois mais sa disparition, même prévisible, est un choc pour l'ensemble des antillais et au-delà.

Bibliographie
Essais (principaux)

Le Discours antillais. (1981) Paris: Gallimard,
Introduction à une poétique du divers. (1995) Paris: Gallimard, 1996.
Faulkner, Mississippi'. Paris: Stock, 1996; Paris: Gallimard (folio), 1998.
Traité du Tout-Monde. (Poétique IV) Paris: Gallimard, 1997.
Philosophie de la relation Paris: Gallimard, 2009.

Poésie
Pays rêvé, pays réel. Paris: Seuil, 1985.
Fastes. Toronto: Ed. du GREF, 1991.
Poèmes complets. (Le Sang rivé; Un Champ d'îles; La Terre inquiète; Les Indes; Le Sel noir; Boises; Pays rêvé, pays réel; Fastes; Les Grands chaos). Paris: Gallimard, 1994.
La Terre le feu l’eau et les vents : une anthologie de la poésie du Tout-monde., Paris: Galaade, 2010.

Romans
La Lézarde (1958) Nouvelle édition, Paris: Gallimard, 1997
Le Quatrième Siècle. (1964) Paris: Gallimard, 1997.
Malemort. (1975). Nouvelle édition, Paris: Gallimard, 1997.
La Case du commandeur. (1981) Nouvelle édition, Paris: Gallimard, 1997.
Mahagony. (1987) Nouvelle édition, Paris: Gallimard, 1997.
Tout-Monde. Paris: Gallimard, 1995.
Sartorius: le roman des Batoutos. Paris: Gallimard, 1999.
Ormerod. Paris: Gallimard, 2003.

Théâtre
Monsieur Toussaint. (1961) Nouvelle édition: Paris: Gallimard, 1998.

Lully Dambury Quartet : le son pur !


Samedi 22 janvier, ça caille !
Les portes du studio sont encore fermées. Portes lourdes et noires

dans cette rue où le brouillard a l'air d'avoir élu domicile. Non, vraiment, on dirait qu'il ne fait nulle part ailleurs aussi froid que ce samedi matin dans la rue Chevaleret.
Ils vont arriver. Pas de panique ! Evidemment, je suis en avance. Normal, aujourd'hui, nous allons enregistrer notre tout nouveau son.
Vlad est là, je me demande toujours comment il se débrouille pour porter sa contrebasse avec une telle évidence... L'instrument est lové contre lui, léger, léger.
Maher a dû oublier de se réveiller à temps. Pas de panique, il sera là.
Ah, Nono, j'adore ta petite bouille souriante ! Les locks enfouies sous le bonnet et ces yeux malicieux...
Louis, tranquille, est arrivé avant nous tous, en compagnie des représentants de la Fabrique Insomniaque, les soutiens indéfectibles du projet... et les argentiers, il faut le dire !
Louis est comme un grand prêtre : posé. Ses gestes m'évoquent l'accomplissement d'un rituel tandis qu'il installe son matériel d'enregistrement.
Je leur tourne autour. De l'eau ? Du café ? Une photo ! Bien sûr, il faut tout mettre en mémoire, penser à ceux qui nous soutiennent et veulent nous voir, veulent tout savoir de nous.
C'est parti. Ils sont tous là. Tout est prêt.
Dans le casque, je les sens qui m'entourent, ça vire et ça danse, ça ballade et ça prend au ventre ! C'est la musique...
La voix de Valdimir : Confianza, Lully, Confianza !
Oui, j'ai confiance, Vlad. On va cartonner !

Lully D.